Justement! À propos de Johann Leguillerm, je l'ai rencontré, hier, par hasard, en ville.
Quand on a vu, comme moi, son spectacle: Secret, présenté au carrefour international de Théâtre de Québec, on hésite toujours à s'approcher du bonhomme.
Même si dans son monde à lui, les tigres et les serpents ne sont représentés que par des objets, on a tout de même à faire à un vrai dompteur.
Vous savez un dompteur de fauves, ça ne marche pas comme tout le monde, ça a toujours un oeil dans le dos. Il a le pas rapide et l'enjambée longue. Le pas des gens qui marchent beaucoup. Ça fait plusieurs fois que je le croise et je peux vous dire qu'il doit mieux connaître la ville à pieds que certains résidents d'ici. On a l'impression que cet artiste, où qu'il soit, investit les lieux.
Rien du touriste, non vraiment pas. Lui il "trace".
Dans la rue donc...
Ma première impression était de le croiser sans lui parler, pour garder toute la magie de son spectacle auquel j'ai eu le bonheur d'assister.
Midi, droit devant, le dompteur arrive vers moi. je fais quoi, je me transforme en silence et je le laisse passer son chemin ou bien je l'arrête? Mais comment on arrête un dompteur de ménagerie-machinerie?
Et si jamais il me réservait le même rôle qu'il réserve aux lessiveuses, aux livres, aux billots de son cirque... Et si jamais dans la dévalée de son imaginaire, il me prenait moi-aussi pour un tigre. Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr!... Remarquez, j'ai toujours rêvé de devenir un tigre et de rugir sur la ville, mais le fouet, j'aime pas trop.
Alors je me décide, j'aborde ce constructeur de serpent, ce charmeur de cathédrale.
Je lui coupe le chemin. Il s'arrête et me regarde avec ses yeux-menthe glacée. Ça devient dangereux!
Un geste brusque et il pourrait faire de moi un réverbère à tout jamais. je suis prudent.
Je lui dis quelques mots sur le bonheur que j'ai eu de voir son spectacle, sans tomber dans le cliché ou le léchage. je lui dis que sa folie a allumé mon imaginaire. Lui, ne dit rien bien sûr mais ne me lâche pas du regard. Moi non plus! Tiens, je sens une certaine douceur dans son regard.
Puis il finit par me renvoyer un merci très sobre. Vous savez, ces merci, quand le i ne s'envole pas trop. Juste ce qu'il faut.
il entame un sourire. Et puis il continue sa route, vers un quelque part où nous n'irons, vous et moi, probablement jamais.
Et moi aussi je continue ma route, avec la sensation grisante, d'avoir l'espace d'une seconde, frémissement dans le sablier, apprivoisé un dompteur.