Il y a des matins où l'enfance vous tire par le bras, d'une invitation muette, là au milieu du présent. Une enfance dans un autre pays, très loin, très longtemps.
Les sabots d'un cheval sur le caillou aride de la route, tirant une voiture de bohémiens. Pour freiner la descente de l'attelage, les enfants du voyage s'entassent sur un vieux pneu attaché par une corde à l'arrière de la maison roulante. Ils rient tous de bon coeur, de cette vue imprenable sur la liberté. Comment ne pas rire quand un pneu à la traîne d'une maigre corde, devient subitement une île, une île sur laquelle il faut tenir en équilibre comme sur le dernier des rochers? L'un a déjà perdu, il a posé le pied à terre, sa soeur l'a poussé. Parfois l'esprit de compétition prévaut sur l'entente comme une chamaille de fin de colonne. Ce système de freinage par frottement n'arrive pas vraiment à réduire l'urgence de la pente, le cheval se cramponne à ses sabots.  
Souvenirs évadés, mirages en carriole, aussi ne vous demandez pas pourquoi aujourd'hui, devant un pneu à la renverse, je ne vois rien d'autre qu'une île, une île pleine d'enfants. 

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