Pigeon vole
Il avait un pigeonnier à ciel ouvert, un clocher de plumes d'où s'envolaient les roucoulants. Ses oiseaux-voyageur décollaient en bouquets, des escadrilles entières de Papillotes de Bohème, Lunes de Thuringe, Alouettes Bernoises mais aussi du plus commun, du Bleuté. L'Aéroport de Londres n'avait certes rien inventé en termes de trafic aérien. Chez-lui la tour de contrôle c'était la liberté.Parfois on faisait appel à ses services, pour être le fournisseur d'un lâcher de colombes lors d'une inauguration préfectorale, une école, un musée, un monument commémoratif.
Alors il apportait ses plus belles plumes blanches, des Colombes d'Orient.
Après le discours du préfet enrubanné de République, les enfants ouvraient la cage impatiente et les tourterelles nacrées s'envolaient dans une chorégraphie grimpante. Ces quelques secondes où les hommes rêvent aussi d'être des oiseaux. Quelques instants après, le préfet rendait hommage au vin d'honneur dans une buvette tricolore, de pinot des Charentes, de pétillant. Et quelques instants après aussi, les joyeux plumages avaient regagné le rassurant pigeonnier d"origine. Chacun y trouvait alors son compte, et le protocole et le spectacle et l'éleveur de pigeons.
Dans ce peu de certitude, tous ces oiseaux que l'on porte vraiment en soi, un jour ou l'autre nous reviennent.
Par Max Férandon
| Avant
| 18/02/2008 21:11
| Après
| Peut-être
|