La porte
Nos yeux promeneurs le soir sur les remparts de la ville, Janvier endormi.Nos pas mesurés, la glace est susceptible. Il faut habiter l'hiver pour savoir ce qu'est vraiment un trottoir de froid. Les villes, la nuit se font toujours pardonner de ce qu'elles sont le jour, tout y est si calme.
Je marche avec elle des sentiers de neige, je marche des mots, des phrases emmitouflées. Alors elle me livre un secret. Elle m'emmène devant une fenêtre allumée au premier étage d'une maison, où de dehors l'on y voit une charmante bibliothèque, une toute petite pièce.
Un peu voyeurs, un peu glaneurs, nous sommes attirés par l'intimité du lieu. Tous les murs sont entourés de livres. Des lignes d'ouvrages, des escarpes de bouquins, un quartier général mué en cocon. Mais le secret n'est pas vraiment là, dans ce potager littéraire, mon amie me dévoile alors une chose étrange, un détail qu'elle seule a remarqué: il n'y a aucune porte. Depuis le trottoir, nous essayons par tous les angles de déceler la moindre ouverture pour accéder à cette pièce, rien.
Ce pourrait-il que de cette chambre littéraire n'ait aucune mais vraiment aucune porte d'accès?
Trop s'attarder sous une fenêtre éclairée la nuit pourrait être mal interprété. Le voisinage et les policiers comprendraient-ils que nous ne faisons pas du voyeurisme mais que nous cherchons une porte. Une porte qui ne nous appartient pas c'est vrai mais qui est tout de même très importante.
Alors nous partons sans réponse et sans porte, donner à notre promenade les pas du retour.
À moins que le seul moyen de pénétrer dans cette pièce soit tout simplement d'entrer dans un livre, Prévert ou Cervantes, pour en sortir de la même façon,
Il est précieux d'avoir une amie qui vous éveille aux secrets invisibles. J'espère de tout coeur qu'elle saura trouver toutes les portes en moi, et moi toutes les portes en elle.
Par Max Férandon
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| 09/02/2008 11:54
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