Une statue sur un socle, dans
un parc, un socle d'histoire. Un bras d'épée tendu proclamant la victoire à venir, debout sur des étriers d'argent. Un cheval à la bride colérique, porteur d'une légende. Il faut, paraît-il, savoir lire le langage des statues pour mieux comprendre l'histoire. Ainsi du cheval, une patte en l'air souligne l'audace au combat. Deux pattes en l'air, cabré sur l'arrière, dénote la mort sur le champs de bataille.

De nombreuses figures mortes dans leur lit, après avoir bu un bouillon de poulet auraient tant aimé, être sculptées dans le posthume, sur un cheval avec deux sabots à l'horizontal. La gloire et le confort n'ont pas d'antichambre commune.
Dans le cas de Jeanne D'arc, il est à se demander quel destin aurait été meilleur pour elle, vu le dénouement de son épopée.
À Québec, à plus de cinq siècles et à cinq milles kilomètres de la France, une statue de la Pucelle veille sur l'histoire, juste en face des plaines d'Abraham où les Anglais et les Français se sont âprement disputés l'Amérique en 1760. Un peu esseulée, dans cette terre lointaine c'est vrai, au milieu des touristes qui ne comprennent pas toujours la signification de son origine. À la lueur des lampes de jardins, quelques attardés se contorssionnent les cervicales pour lire la pierre gravée et admirer la posture de ce tandem guerrier, où la soldatesque et son coursier ne font qu'un.
Dans la douceur de ce soir d'été, il y a aussi un homme et une femme dans un côte à côte enfantin, ils reviennent d'un Picnic, de ces soirs de salami champêtre quand le jour s'éteint en larmes dorées dans le Fleuve St-Laurent, quand le camembert somnole à l'air libre sous sa peau de velours. Une couverture posée sur l'herbe, un peu de vent dans les branches, un peu de feuilles aussi.
Ils plongent leur regard dans la statue. Quand Jeanne D'arc se trouve sur votre chemin de retour, comment ne pas s'arrêter? Les plaisanteries font bien vite concurrence aux questionnements, qu'importe, les statues sont toujours un peu imperméables aux plaisanteries. L'homme, lui, y va de quelques taquineries potaches mais le monument en impose. La femme sourit tendrement de cette envolée d'esprit nocturne encouragé par le petit rosé du repas. Une pluie de cheveux ruisselle dans son dos, son visage est un bonheur sucré.
 Quelques siècles d'histoire, un instant de tendresse, Quand une statue, fer de lame et  Plastron d'armure, réunit depuis sa légende, les doux regards des gens qui s'aiment. 

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