Les défenseurs de la faune s'inquiètent du pauvre sort de la communauté des batraciens traversant nos routes l'été. Quand l'asphalte est encore pleine de la chaleur du soleil, à cette heure où les criquets criquettent, où le jour s'évanouit d'un souffle d'horizon. Cette balade crapotante, cette transhumance grenouillante se termine souvent sous les roues d'une autre grenouille en métal avec des yeux de lumière. Triste sort! Mourir pendant la saison des amours, triste triste sort.
Devant un tel batracide, on a bien essayé de mettre en place des moyens pour que  crapauds grenouilles puissent traverser les routes sans y laisser leur peau déjà si mince. Ainsi est né le crapeauduc, une voie, un couloir dans lequel les croassants  peuvent  se déplacer sans y perdre la vie. Mais les conseillers municipaux dédaignent toujours à sortir écus pour épargner les grenouilles. D'ailleurs est-il bon de préciser que ce ne sont pas les batraciens qui traversent nos routes mais nos routes qui empiètent sur leur territoire.
Cependant dans la vie, par quel revirement, les rôles viennent subitement  à s'inverser. Un beau soir d'octobre, quand l'automne imite l'été, à la lumière fatiguée d'une lampe électrique. Dans le sombre feuillu, au milieu d'un carré d'herbe à quelques pas d'un pommier une surprise. Non pas une grenouille mais une voiture, une voiture aux phares éteints dans la nuit éteinte, une voiture avec un collier de feuilles autour du capot. Une voiture qui traverse la nuit, la tôle un peu usée, le ressort un peu endormi. Que fait-elle là et où va t-elle dans sa solitude de pare-chocs? Le savoir serait ne plus le deviner. Non, chers grenouilles et crapauds sous le clair de lune non, vous n'êtes pas les seuls à traverser la nuit clandestine!

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