Extrait de mon dernier manuscrit
Le bibliobus écume la campagne pour rallier à sa cause quelques égarés des mots, quelques lecteurs en hibernitude. L’épicerie à domicile a rendu l’âme, les dernières vocations de primeurs ambulants se sont éteintes sous le néon des grandes enseignes. Le crayon derrière l’oreille dans le tube gauffré est désormais associé à la cartepostalisation de la mémoire. Plus le temps va vite plus les cartes postales s’imprimment dans la nostalgie. Et ceux qui bénissent ce bon vieux temps ont été ses plus pronts fossoyeurs. Le traîne- bouquin passe chaque semaine, surtout quand elles s’étendent sur quinze jours, avec parfois l’élasticité d’un mois. Bref il passe quand il veut passer. Pas regardant sur la nature de la marchandise, du Harry Potter à la Madeleine de Proust, du large du commun du classique. Le biblioconducteur, en attendant mieux, occupe cet emploi à mi-temps, subventionné par l’incertitude. Il est assez dur avec les embrayages et pas plus doux avec les mesures d’urgences, un peu nerveux c’est vrai, ses coups de volant fendent l’air de la cabine qu’un retrappage contrebarqué replace sec. Ce qui lui vaut dans l’immanquable, d’improviser un classement des livres après qu’ils aient tous chavirés de leur tablette. Ils ramassent tout ça à la brassée au petit bonheur de l’indexation des titres. Après quoi pour trouver un bouquin en particulier, il faut donner du penchant à ses vertèbres cervicales. Bibliobordelus serait plus pertinent de le nommer. Si ce n’est des livres de Marc Lévy, en quantité suffisante pour tenir un siège. À tremper votre main dans le hasard, il est peu probable que vous n’y trouviez un “Et si c’était vrai”. Ou alors que les étagères se soient toutes étalées jusqu’a renverser les livres et les titres, et par là-même le sens des mots:“ Et si c’était pas vrai”. Tous ces écrivains qui se réclament d’une écriture ranversante auront au moins cette consolation d’être renversés.
Par Max Férandon
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| 03/02/2008 13:40
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