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De Retour Bientôt

 Bonjour à mes chers lecteurs, qui souvent s'endorment en me lisant.
Chers amis endormis, n'ayez crainte, je vais continuer à faire concurrence à l'industrie pharmaceutique en vous prescrivant écrivant de tendres morceaux de somnifères.
Bien sûr, mon compteur de lecture m'indique que vous n'êtes pas légion à me suivre mais pour les fidèles et moins fidèles, je vous assure que bientôt, Chaussettesshow sera une véritable vitrine de communication sur la toile.
Enfin ... Bon on verra.

Max 

L'urgence du tas

 
Quand j'ai vu à l'affiche, la pièce " Au milieu du désordre", j'ai d'abord cru que mon appartement avait été mis en scène. 
Fausse alerte! La vaisselle sans entracte, vous imaginez.. Non vous n'imaginez pas.
 
La réalité se passe dans un tout autre théâtre: le Périscope, mon préféré.
 
Le cadre et le sujet de la pièce, plutôt intimistes, il ne manque plus qu'une couette et un pyjama pour se sentir vraiment chez-soi. 
 
Sur une minuscule table pliante et suppliante, Pierre Meunier, un hexagonal, empile des pierres dans la lumière caressante d'un projecteur, il nous parle alors de l'urgence ou de la non-urgence du tas. Et oui... Ça a de la profondeur, un tas.
 
Si son concitoyen, Le Guillerm, autre teneur d'affiche de ce Carrefour (Carrefour international de théâtre de Québec), avec son fameux Secret, flirte constamment avec le point de rupture de la gravité, Meunier, lui, taquine le point de rencontre de l'apesanteur et de la légèreté.
Enfin, on peut dire les choses comme ça, oui on peut.
 
 Abondance de citations, ainsi ai-je appris lors de cette pièce que l' Héraclite n'est pas une roche plutonique, comme je le croyais mais bien un philosophe Grec. Zut!
 
Meunier fait son numéro-minéraux, il empile les cailloux, déroule les mots. Nous invite à une symphonie de ressorts. Les caillasses préhistoriques dansent au bout des serpentins de métal. Poésie ou mouvement perpétuel, le bonheur est là.
 
Alors une pensée me traverse l'esprit. Je me souviens avoir vu, il y a longtemps, dans un pays granitique, des paysans, passer leur temps à ramasser des pierres dans les champs pour en faire des murets. Tradition gallo-Romaine, depuis des siècles, on "décaillasse" les champs pour que le brabant ne s'y brise pas, pour que l'herbe y pousse mieux. Meunier, dans sa sensibilité de l'amoncellement, a certainement vu ces mêmes images, ces kilomètres de murets, ces tas en long.
 
Au milieu du désordre est un spectacle qui continue de jouer en nous, tout nous le rappelle.
Ne serait-ce que le soir de la représentation, en rentrant chez-moi, dans mon perchoir, sur le comptoir de la cuisine, m'attendait un énormesque gigantissimo tas de vaisselle.

Dompteur adopté

 Justement! À propos de Johann Leguillerm, je l'ai rencontré, hier, par hasard, en ville.

Quand on a vu, comme moi, son spectacle: Secret, présenté au carrefour international de Théâtre de Québec, on hésite toujours à s'approcher du bonhomme.

Même si dans son monde à lui, les tigres et les serpents ne sont représentés que par des objets, on a tout de même à faire à un vrai dompteur.  

Vous savez un dompteur de fauves, ça ne marche pas comme tout le monde, ça a toujours un oeil dans le dos. Il a le pas rapide et l'enjambée longue. Le pas des gens qui marchent beaucoup. Ça fait plusieurs fois que je le croise et je peux vous dire qu'il doit mieux connaître la ville à pieds que certains résidents d'ici. On a l'impression que cet artiste, où qu'il soit, investit les lieux.

Rien du touriste, non vraiment pas. Lui il "trace".

Dans la rue donc...

Ma première impression était de le croiser sans lui parler, pour garder toute la magie de son spectacle auquel j'ai eu le bonheur d'assister.

Midi, droit devant, le dompteur arrive vers moi. je fais quoi, je me transforme en silence et je le laisse passer son chemin ou bien je l'arrête? Mais comment on arrête un dompteur de ménagerie-machinerie?

Et si jamais il me réservait le même rôle qu'il réserve aux lessiveuses, aux livres, aux billots de son cirque... Et si jamais dans la dévalée de son imaginaire, il me prenait moi-aussi pour un tigre. Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr!... Remarquez, j'ai toujours rêvé de devenir un tigre et de rugir sur la ville, mais le fouet, j'aime pas trop.

Alors je me décide, j'aborde ce constructeur de serpent, ce charmeur de cathédrale.

Je lui coupe le chemin. Il s'arrête et me regarde avec ses yeux-menthe glacée. Ça devient dangereux!

Un geste brusque et il pourrait faire de moi un réverbère à tout jamais. je suis prudent.

Je lui dis quelques mots sur le bonheur que j'ai eu de voir son spectacle, sans tomber dans le cliché ou le léchage. je lui dis que sa folie a allumé mon imaginaire. Lui, ne dit rien bien sûr mais ne me lâche pas du regard. Moi non plus! Tiens, je sens une certaine douceur dans son regard.

Puis il finit par me renvoyer un merci très sobre. Vous savez, ces merci, quand le i ne s'envole pas trop. Juste ce qu'il faut.

il entame un sourire. Et puis il continue sa route, vers un quelque part où nous n'irons, vous et moi, probablement jamais.

Et moi aussi je continue ma route, avec la sensation grisante, d'avoir l'espace d'une seconde, frémissement dans le sablier, apprivoisé un dompteur.

À visiter

Un blogue sur la vie théâtrale à Québec

Pigeon vole

 Il avait un pigeonnier à ciel ouvert, un clocher de plumes d'où s'envolaient les roucoulants. Ses oiseaux-voyageur décollaient en bouquets, des escadrilles entières de Papillotes de Bohème, Lunes de Thuringe, Alouettes Bernoises mais aussi du plus commun, du Bleuté. L'Aéroport de Londres n'avait certes rien inventé en termes de trafic aérien. Chez-lui la tour de contrôle c'était la liberté.
Parfois on faisait appel à ses services, pour être le fournisseur d'un lâcher de colombes lors d'une inauguration préfectorale, une école, un musée, un monument commémoratif.
Alors il apportait ses plus belles plumes blanches, des Colombes d'Orient.
Après le discours du préfet enrubanné de République, les enfants ouvraient la cage impatiente et les tourterelles nacrées s'envolaient dans une chorégraphie grimpante. Ces quelques secondes où les hommes rêvent aussi d'être des oiseaux. Quelques instants après, le préfet rendait hommage au vin d'honneur dans une buvette tricolore, de pinot des Charentes, de pétillant. Et quelques instants après aussi, les joyeux plumages avaient regagné le rassurant pigeonnier d"origine. Chacun y trouvait alors son compte, et le protocole et le spectacle et l'éleveur de pigeons.
Dans ce peu de certitude, tous ces oiseaux que l'on porte vraiment en soi, un jour ou l'autre nous reviennent.  

Le Bateau-Rhume

 Elle rime en rhume, ses Alexandrins ont froid aux pieds. Voilà plusieurs jours qu'elle est  enfermée chez-elle, dans son appartement du troisième, dans son perchoir aux quatre vents. Elle s'est barricadée, seule, dans son enrhumoire. Une mauvaise grippe, comme s'il y en avait de bonnes, la contraint à tout arrêter. Ça a commencé par la voix, un jour elle s'est levée avec la voix grave de Gretta Shultz.
L'effet était assez rigolo, mais cette mutation n'annonçait en fait rien d'autre qu'un terrible mal de gorge, le réalisme des lames de rasoirs à l'intérieur du cou. À partir de cet instant sa vie est devenue sirop et son ordinaire bouillon. Elle a dû se retrancher dans le dernier carré protégé: son lit!
Délaissant un peu de coquetterie pour mieux se soigner, thermostat grand ouvert, elle a enfilé les couches de laine, de tout ce qui pouvait lui passer sous la main. Elle a même réinventé ce genre de pelures sur pelures à ne plus savoir où se trouve la couche primaire. Dans ce replie sur elle, elle s'en est remise à la vieille garde, en sortant son plus vieux pyjama, le fidèle compagnon des mauvais jours, le coton fatigué c'est toujours plein de tendresse. Dans son plumard, draps en sueur et couverture au menton, elle navigue la nuit sur une mer très agitée. Des remous, des océans tracassés, des barrières de corail. Comme autrefois les marins emportant du rhum, elle, elle a embarqué sur son bateau des tonnelets de sirop. Un pour la toux, un autre pour la gorge, un pour la congestion, des pastilles aussi, et puis bien sûr une envolée de mouchoirs en papier.  Dans cette odyssée grippale, elle tangue du chalut et dérive sur des rochers d'inquiétude, elle se mouche en Do majeur, et puis la mer se calme un peu. Au petit matin elle jette alors un oeil sur le pont et constate des dégâts de la nuit dernière. Sa chambre c'est Carthage et Tombouctou. Là haut tout là-haut dans son enrhumoire, son microbien intime, ses yeux d'où coulent des larmes de rhume, avec ce fond de lumière qu'on appelle la beauté. 

Cancritude

On peut dire que le métier de prof est considéré comme un métier très classe en général. Les profs parlent souvent du bout de l'élève pour ne pas froisser ces chers étudiants. Corriger sans donner de correction, le seul milieu où il faut garder ses droits et rendre ses devoirs.
Quand j'étais jeune, à l'école primaire, nous apprenions à écrire avec de vraies plumes, l'encrier dans le coin du pupitre. C'est drôle toutes ces consonnes qui restaient tapies dans le fond de l'encrier alors que les voyelles flottaient joyeusement à la surface. Heureusement pour nous, les y et les w naviguaient en encre profonde. Ce qui ne nous empêchait pas de faire des fautes d'orthographe.
Nous laissions derrière nous des fautes d'orthographe comme le petit poucet des cailloux, pour laisser des traces de soi.
Une légère dyslexie empreinte de poésie, l'encrier se transformait alors en cancrier. Mauvais buvard trop bavard, cancriers cancritude!
Les cancres ont inventé les buissons et les fenêtres. Toute mon enfance, j'ai cru que la marge de mes cahiers n'était autre que le grand espace à droite de la page.

La Croûte et la Mie

  Jadis rétro regard je me souviens, j'étais jeune et tendre. J'étais mie au coeur du coeur, au coeur du pain. Mie chaude, mie riche et épaisse, expansive, nourrie par le plus puissant des levains. J'étais alors une explosion de joie, un univers  conquérant. Mon soleil c'était le four à bois.
Mais le temps m'a menti, aujourd'hui je ne me reconnais plus ou bien je me reconnais trop. Mie parfumée et gourmande, sans m'en rendre compte, mon centre de gravité s'est déplacé de plus en plus vers l'extérieur, m'éloignant de ce coeur maternel que j'aimais tant. Et puis un matin je me suis sentie croûte, croûte assez tendre il est vrai mais croûte quand même.  Si la métamorphose s'était arrêtée là tout n'aurait pas été aussi grave. De croûte tendre je suis passée au stade de croûte dure et de plus en plus de mauvaise humeur comme le sont toutes les vieilles croûtes. Puis je devins carrément croûton , vieux croûton grognon, frileux cassant et dur terriblement dur, plus dur que de la Pierre.
Vieux croûton croûte que croûte, sans mie et sans amis, rassi, mais pas raciste.
Maintenant dans mon croûtonnesque, j'entends parfois les jeunes mies insouciantes qui chantonnent des joyeux refrains d'amidon.
Ha petites, si vous saviez, si vous saviez, ce monde finira par vous assécher complètement vous aussi. Vous ne chanterez plus les joies de la fraîcheur.
Vous aussi vous deviendrez irascibles dans le rassi, alors votre seule utilité ne sera désormais plus que de faire le bonheur de quelques pigeons déplumés.

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